Autour d’Annie Ernaux


Histoire de l'affranchie

Je m’appelle Fanny (en fait mon vrai nom, c’est Claudie) mais le marchand d’esclaves  qui m’a vendue a décidé que je serais Fanny. Je suis ce qu’on appelle une esclave ‘marron’, c’est-à-dire une qui s’est barrée sans demander son reste.  J’ai franchi le barbelé qui m’a arraché la peau et fait un gros trou à la cuisse gauche.

J’ai tout de même foncé. Les pièges, j’en ai rencontrés  : gardes, chiens, chasseurs, vagabonds, humiliations, insultes, jurons …name it.  Je me dis souvent que d’autres y auraient laissé leur peau.  Alors une vague de fierté m’envahit . Toutes ces années, je marchais tête baissée pour qu’on ne me reconnaisse pas, pour faire illusion comme on dit.… lire la suite


VARIATIONS sur Annie Ernaux

« J’ai fini de mettre au jour l’héritage que j’ai du déposer au seuil du monde bourgeois et cultivé quand j’y suis entrée. »

 « Il me semble que j’écris maintenant sur ma mère, pour, à mon tour le mettre au monde. »

Annie Ernaux

J’écris ces lignes parce que je ne le publierai jamais ce livre. Il est trop dangereux. C’est une énigme  douloureuse. Une photo surexposée où les silhouettes hurlent de chagrin.

Brel disait qu’il avait mal aux autres. C’est un peu ça, enfin, il me semble.

La mémoire est une sorte de poids mort que l’on traîne sans pouvoir vraiment le partager.… lire la suite


Portrait d’une franchisseuse

Je m’appelle Ejona et j’ai 15 ans. J’habite avec mon père Ilir, ma mère Fidane, et ma petite sœur Erlinda dans une caravane d’un Centre Croix Rouge. Je me maquille de temps en temps parce que j’ai la rage.

Mes parents ont utilisé toutes leurs économies pour payer le voyage en bus qui nous a amené ici, en Belgique depuis l’Albanie, il y a tout juste une année.

Je m’appelle Ejona et j’ai 15 ans. En un an j’ai franchi au moins 20 années de vie. A la maison c’est moi qui parle avec l’assistante sociale pour chercher un appartement, ou pour nous inscrire à l’école, ma sœur et moi.… lire la suite