Lire, écrire, créer 2017 : écriture, ça bouge !

Lire, écrire, créer

Écriture : ça bouge !

– LASSABLIÈRE-HILLORST Pascale
– RASSON Natalie (CGé)
Animatrices d’atelier d’écriture

Descriptif
Nous le lisons, l’entendons souvent : nous vivons une époque de transition, un monde en mutation… comme si le monde avait un jour été stable, fixe ! Chaque période historique connait ses mouvements : crises, (r)évolutions techniques, changements politiques, artistiques, culturels…

Si le monde bouge, on ne peut pas nier l’état de crise actuel qui suscite dans de nombreux secteurs de la société un malaise, des replis inquiétants, des situations d’exclusion de plus en plus nombreuses. À l’inverse, des mouvements citoyens se renforcent, des projets naissent, des initiatives à contrecourant se prennent. Les quêtes se croisent. Peuvent-elles se rencontrer sans s’opposer ?

Parallèlement, chacun de nous est habité par un mouvement perpétuel tiré par un horizon qui recule à chacune de nos avancées. Mais qu’en est-il de la capacité individuelle et collective à saisir les opportunités de se transformer ? L’atelier d’écriture peut-il être un lieu où naissent des désirs, des desseins, des engagements à agir ?

C’est de réponse que l’homme meurt, écrivait René CHAR. Pendant cette semaine, nous proposons de penser ensemble cette question du mouvement pour oser, avec nos groupes, dans nos classes, nos associations, nos lieux de formation, le bénéfice du doute.

À travers une série d’ateliers de création (écriture, arts plastiques, photo, musique), il s’agira de nous mettre collectivement en écriture autour du visible et de l’invisible de ce qui agite nos sociétés, d’enrichir nos regards sur ce formidable « outil d’humanité ».

Entrons dans la danse ! Explorons des questions qui nous tiennent à cœur : le doute comme moteur ; la mer, lieu de l’humain et de ses paradoxes ; penser l’immobilité/cultiver le mouvement ; le corps, ce lieu d’écriture ; partager l’écriture, s’émanciper ?

Méthode
Les ateliers se vivront au gré d’écritures effervescentes, de récolte de fragments, de récits, de partage de lectures, de moments de coopération, de moments de réflexion seuls ou à plusieurs, de détours par d’autres codes (arts plastiques, musiques…), de la rencontre d’auteurs, d’artistes, de poètes.

Chaque atelier sera suivi d’une analyse réflexive, moment de construction du sens de l’activité. En fin de semaine, un temps sera réservé pour penser collectivement le réinvestissement de la formation.

Repères théoriques
NEUMAYEUR, O. et M., Animer un atelier d’écriture : faire de l’écriture un bien partagé, Éd. ESF, 2003.
NEUMAYEUR, M., VELLAS, E., (Coord.), Évaluer sans noter, éduquer sans exclure, Chronique sociale, 2015.
NEUMAYEUR, O. et M., Quinze ateliers pour une culture de paix, Éd. Chronique sociale, 2010.

Public
L’atelier est ouvert aux animateurs, formateurs, enseignants, éducateurs, travailleurs sociaux, écrivains publics, militants associatifs… et à tous ceux qui ont envie de pratiquer l’écriture. Sans complexes ni préjugés.


Le temps des questions : Comment combler les attentes d’un public hétérogène ?

Réponse à la question par un texte oblique, avec une série de questions.

Il est homo ou hétéro dit-on du public… mais la frontière est poreuse. Même quand il est homo, une part hétéro n’est-elle pas là, en chacun ? Et quand il est hétéro, chacun ne se rejoint-il pas dans des zones homo ? Vous me suivez ?

Comment combler les attentes d’un public hétérogène ?

Le public, le public… Le public, c’est celui qui regarde,  qui paye sa place… ou pas (mais c’est rare les spectacles gratuits), parfois (hélas) c’est celui que l’on entube via petit écran ou autre.… lire la suite


Récit du personnage : deuxième écriture après description plate

Le chauffeur de camion

Il est chargé, chaque jour vers 10h, d’amener les produits commandés la veille par les responsables de la Croix-Rouge. Dans la jungle sa tâche consiste à garer son camion à l’endroit prescrit, à décharger les colis à l’entrée du bâtiment, à faire signer le bon de réception par le responsable, puis à repartir. Il a d’autres livraisons quotidiennes à effectuer pour la Croix-Rouge (au Centre de transfusions sanguines notamment).

La borne à recharger les GSM est là. Check. Le lait, le PQ, l’eau. Check. Le pain, les oeufs, le riz. Check. Lessive, savons. Check. Le carton du matos scolaire du secours catholique.… lire la suite


Source et blessures d’enfance

Si je sais exactement quand elle est venue, j’ignore d’où. C’était le mariage de mon parrain. J’avais 9 ans. Et j’ai écrit un poème sur l’amour, qui ne dure qu’un jour ou toute la vie, on n’en sait rien.

Les adultes m’ont demandé de le recopier sur des bouts de nappe en papier blanc, et de le distribuer. C’était rigolo, et j’étais fière, mais ce premier poème, d’où m’était-il venu?

Les adultes m’ont posé la question. Ça veut toujours tout savoir les adultes. Alors, j’ai répondu que ça m’était venu en regardant le parterre de pensées devant la salle des fêtes.… lire la suite


Refuser, ou la puissance de faire autrement

Quand est-on prêt pour le refus? Qu’est-ce qui, après des jours, des mois, des années d’habitudes, pousse à prononcer ou à faire un NON ?

Tout notre être répugne au changement, l’être humain peut se plier à n’importe quelle règle, aussi dure soit-elle… Alors quelle tension intérieure faut-il pour que le fusible saute, pour qu’on acte le refus et pour que tout bascule?

Parce qu’une fois que le refus est officialisé, la porte du quotidien se referme en claquant. S’étale devant soi le champ des possibles, possibilités de rencontres, d’associations et d’actions.

Se résigner c’est s’enfermer.

Mais résister, c’est créer…

Anne-Marie Charon… lire la suite


Refuser ou la puissance de faire autrement

Un bloc, fait de bras et de jambes entremêlés. Un bloc inhumain, têtes multiples, traits tirés, crampes aux bras, aux jambes, un bloc qui respire peurs et détermination, qui respire son courage, s’en alimente. Un bloc vivant.

Les hélicos tournent, des hommes casqués s’approchent, la tension monte, évidemment. Il n’y a qu’une seule issue possible : à un moment, les corps vont se dénouer, à un moment chacun rentrera chez lui ou quelque part, les corps retrouveront une autre liberté. Mais là, il reste juste cet amas, bloc, nœud de Nons entremêlés. Résistance. Et la certitude qu’il n’y a aucune alternative à cette opposition.… lire la suite


Désirer Désobéir Faire violence

Bulles, Bulldozer, Bouillasse, Bouillaison, Bouillottement, bouillonnement, bougonnement

Bougonner, gémir, feuler

Ecrire

Ecrire pour se taire

Ecrire pour faire violence

Ecrire pour semer

Ecrire pour gronder

Ecrire pour enfanter

Ecrire pour s’unir

Ecrire pour désobéir

Ecrire pour crier, hurler

Ecrire pour prendre, arracher

Ecrire pour rêver

Ecrire pour transformer

Ecrire pour faire caresse

Bourgeons

Myriam Horman… lire la suite


Le message des papillons, ou la morphose-méta

Le message des papillons s’apparente à la révolution intérieure. Sa révolution, grainuscule de révolution et de rêve.

Soumis aux soulèvements (depuis ce matin), ne sommes-nous pas poussés à décoller très haut, poings levés et bouches ouvertes?

« Fomenter », comme dans un cocon en fin de carrière qui laisse la révolution s’opérer inexorablement : il va sortir, mu par un désir de vie incompressible, le « papillon-désir », de nuit – de jour – symbole de notre évolution humaniste. C’est ce qu’ils nous disent, les papillons : ce qui doit être est, morphosez-vous! Avancez vers les circonvolutions et les lumières!

Dominique B.… lire la suite


Analyse réflexive

Aaaah!

C’était comme une lame de cristal, un cri qui transperce tout le corps, qui le fait suinter, qui signifie que pour toujours, désormais, il faudra vivre avec ça. Ce n’était qu’une enfant, pure et fragile. Belle et élancée. Elle gisait maintenant sur le sol, son corps inerte sans plus un souffle.

Le cri de la mère avait cessé. Ses bras l’enlaçaient dans une étreinte qui se voulait éternelle. Le temps s’était arrêté tout à coup. Le murmure du vent et un rayon de soleil nous rappelaient simplement que nous, nous étions en vie. Glacés mais vivants. Hurlant de douleur en silence, comme recroquevillés sur notre corps.… lire la suite


Résister, ou la puissance de faire autrement

La matière se soulève dans le mouvement. C’est le corps qui écrit son mouvement, en quelque sorte. Les bulles, la paille, les rubans, une montgolfière de sachets du quotidien envolée, ça raconte quoi?

L’idée d’aller là où c’est inattendu? Une forme de liberté recherchée mais pas encore nommée? Un premier « non » au statique par l’exploration du vol?

Mouvement, échappées, criées.

Refuser, quand la bouche ouverte, béante, tue le mot par le cri.

Artistiquement, on explore, on expérimente, peut-être ainsi prend-on un peu de distance des situations collantes qui enferment et qui écrasent.

A-t-on crié? La photo de cette femme avec les mains sur sa tête, les dents jetées dehors, le visage comme libéré et lacéré en même temps : CRIER NON dans la rue, peut-être famous.… lire la suite


Welcome

Welcome, marhaba, ahlam wa sahlam, kosh amadi, wilkommen, bienvenidos, dobro pajalovatb,… un mot dans mille langues possibles.

Je me demande toujours ce que me dit une personne lorsqu’elle me dit bienvenue , que ce soit dans sa langue ou en français ou en français avec sa langue pour donner la couleur à ce mot qu’il a appris. Qu’est-ce qu’il accueille : mon corps, mon âme, mes pensées, ce je ne sais quoi que j’apporte avec moi ce jour là précisément, ou mon tout moi pour l’éternité. Veut-on de moi pour 1h, 1 journée, le mois qui vient ? Quelle place exactement m’est offerte par sa vie dans la vie de celui sui le dit, à la racine de la langue qui l’a fait naître ?… lire la suite


Réinventer Calais : convoquer les acteur avec deux mots « débrouiller – cuisiner »

En septembre 2015, la petite ville de Theux accueillait plusieurs centaines de réfugiés dans son camping de Polleur. A l’époque c’était Caritas qui gérait. Caritas représenté par une équipe de 4 personnes qui faisaient des roulements à 2, jours, nuits, week-end, tous les 4 jours. C. avait pensé travailler une semaine, elle est restée 3 mois.

Les repas étaient organisés par un traiteur qui apportait des repas chauds une fois par jour, sous vide. Croyant bien faire, il soignait une cuisine aigre douce. Il avait entendu que de nombreux afghans étaient présents. Il y avait aussi des syriens…

Il pensait peut-être que l’Asie n’étant pas si loin… Mais au camping, il en était tout autre.… lire la suite


Un sac de 60 litres

Description plate

Un sac poubelle de 60 litres, gris fonçé, H1m/ L40cm/P30cm.

Plein à craquer, légèrement éventré, d’où sort une tige de fer, dégoulinant…

A 5 m, il sent. A 1 m, il pue.

Posé près d’un endroit où quelqu’un dort.

Elisabeth

Le récit

D’où je suis, je regarde l’homme qui dort là, à quelques mètres de moi. J’ai entendu hier soir qu’il s’appelle Reza. Cette nui, j’ai lu l’histoire d’un Reza dans un livre jeté en mon intérieur. C’est ainsi que je sais qu’il est iranien. Ses joues sont bleues d’une barbe de quelques jours. Il sourit doucement en dormant et j’essaie de lui fabriquer une berceuse en faisant jouer le vent dans mes plis.… lire la suite


réinventer Calais: Puanteur-langue 1

De petits bruits de toux, des raclements de gorge, sonnerie de GSM, un pleur d’enfant, un gémissement, des chuchotements, quelques engueulades, un rire… Chaque aurore, le peuple de la jungle se réveille aux bruits qui s’élèvent. les automates s’articulent lentement. Mouvements ralentis, mécanique rouillée. Des odeurs fétides d’urines et de sueur s’éveillent aussi. Tout est imprégné dans une sorte de smog matinal qui traverse le clan des fantômes en errance. Visages creusés, regards atterrés, pris de fatigue et de résignation.

Entre

Entre, il y a le bruit de la mer, une odeur fragile de café et de pain. Un sourire partagé, une cigarette, un savon.… lire la suite


j’écris pour me parcourir 1

La fraiboise.

La fraiboise fait ses adieux à la bogorde et au copidon pour filer, l’espiègle, la coquine, vers d’autres eaux.. D’autres aventures amoureuses. Coups de reins, mugissements aigus, caresses… à suivre! Quelle vilaine! Car la fraiboise, fier échassier, divine grue, aérienne, voltige volette volage. Elle vit exclusivement sur une île, près des eaux marines, claires et chaudes, nue. C’est une agile grimpeuse qui sait communiquer avec ses mains et parfois ses pieds! Au pays des délices du géant, on trouvait jadis, dans certaines grottes couleur pourpre, une fraiboise. Aujourd’hui, il ne reste que des ruines de ce temps onirique qui a laissé malgré tout et à jamais un rêve qui s’éteint mais qui colore encore de rose les joues de quelques muses amusantes.… lire la suite


Puanteur + la nuit

La nuit, quand les yeux ne servent plus à rien et que l’obscurité oblige les autres sens à prendre le relais, les odeurs amplifient. Il n’y a pas d’échappatoire. L’air qu’on respire, qu’on est obligé d’inspirer, puisqu’on a choisit de s’accrocher à la vie, désespérément, l’air pue l’urine, l’humidité, la sueur, la crasse, la cigarette froide, le vomi, la peur, le sandwich au fromage, la vinasse, la bière, le foutre, la merde, les emmerdes, l’essence, le bois mouillé, les pieds, le pourri, le désespoir.

C’est une agression des narines au rythme de la respiration. Même en se bouchant le nez, on inspire tout de même la puanteur jusque dans nos poumons, les odeurs passent par le sang, finalement c’est notre peau elle-même qui pue.… lire la suite


Chien

C’est une belle bête. Bien brossée. Poil luisant. Musclée. Dressée à… à quoi? A l’attaque? Sur qui? Ceux qui puent la crasse, la pisse, l’essence, la tente, l’humidité? Comment s’y est-on pris pour que ce chien qui fût un chiot mignon, tendre et jouette devienne, sur un ordre bref, une machine, une bête terrifiante, aussi loin du gentil chien-chien à sa maitresse que ces hommes aux yeux ternes accrochés aux grillages de leurs mains sales sont loin des instits, des libraires, des pilotes de ligne, des antiquaires qui habitent la ville un peu plus loin?

Mais c’est une belle bête. Le soir, elle suit son maître à la maison, la muselière est rangée, et pendant un moment, ils jouent à deux: va chercher!… lire la suite


de l’intérêt de la gamberge?

de la blessure de l’éléphant
qui se dandine sur la berge
ses lourdes pattes se soulevant
l’une après l’autre: a-han a-han.
Vient à passer une gamine
un peu fluette, un peu fragile
pieds nus dans la poussière humide.
La fille s’arrête à quelques pas
de l’éléphant qui maintenant
cesse le mouvement de ses grosses pattes
et tourne la tête lentement.
Sa trompe caresse la chevelure
hirsute, trop longue sur le devant
de la gamine qui lève la main
pour effleurer la trompe rugueuse
et douce dans un même temps
c’est surprenant.

Une onde passe entre les deux
comme une émotion partagée,
singularité reconnue
de la fille et de l’éléphant.… lire la suite


Le message des papillons

Papillons dans l’estomac : « Soulèvement de l’âme à la vue de l’être aimé ». Papillon, légèreté éphémère et délicate, effleurement entre ciel et sol. Excitation, envol, beauté. Il y a dans la révolte les prémisses d’un tremblement de terre. Effet papillon.

Ensemble, mettre notre génie au service d’un envol. Se faire ingénieux à défaut d’ingénieur, donner ce que l’on peut. Faire ensemble pour briller à plusieurs. Rendre le message plus fort en y ajoutant plus de voix. Si chacun remue les consciences dans son coin, il ne peut donner lieu qu’à des ridules sur une mer d’indifférence, mais si, tous, nous disons ensemble, nous devenons une vague dévastatrice capable de remuer les certitudes.… lire la suite


Lettre à Henri Michaux

Cher Henri,

 

En lisant tes conseils, on pourrait penser que tu fus sous l’emprise de quelques champignons aux pieds violacés, mais peut-être est-ce ainsi que tu gardes une fumée ? Du coup on cherche une lumière.
Qu’est-ce que cette invention de noms de lieux, de peuplades tantôt braves, tantôt couardes, parfois en voie d’extinction, nous révèle de ce que nous sommes aujourd’hui, là, maintenant ?

Le poème de la création nous dit ce que l’homme des temps anciens avait compris du fonctionnement de la terre. Il y mêlait la profusion des poissons de ses rivières connues, la diversité des oiseaux de son ciel.… lire la suite