Jour 4 – L’écriture, augmenter sa compréhension

Il est une question du mouvement dans notre monde actuel que nous n’avons pas voulu éviter dans cette semaine, c’est celle des migrations des hommes.
Toutes deux habituées comme vous, à l’idée que si peu de lieux sur terre nous ont interdits, à ce que le monde nous appartienne en quelques sortes, Pascale et moi sommes aussi touchées de près par le vécu des réfugiés dans notre pays. Ces hommes, ces femmes, ces jeunes, ces enfants dont les mouvements sur terre sont limités, soupçonnés, contrôlés, réprimés.
Comment ne pas éviter cette douloureuse question ? Comment ne pas être limités par les évidences ? Comment ne pas se perdre dans les bons sentiments et les positions politiques toutes cuites ? tout en ne niant pas les émotions et en restant éminemment politiques ! Comment essayer de comprendre un peu plus, modestement, avec prudence mais avec u n véritable engagement humain ?
C’est ce que nous vous proposons avec cet atelier « Réinventer Calais ».


Récit du personnage : deuxième écriture après description plate

Le chauffeur de camion

Il est chargé, chaque jour vers 10h, d’amener les produits commandés la veille par les responsables de la Croix-Rouge. Dans la jungle sa tâche consiste à garer son camion à l’endroit prescrit, à décharger les colis à l’entrée du bâtiment, à faire signer le bon de réception par le responsable, puis à repartir. Il a d’autres livraisons quotidiennes à effectuer pour la Croix-Rouge (au Centre de transfusions sanguines notamment).

La borne à recharger les GSM est là. Check. Le lait, le PQ, l’eau. Check. Le pain, les oeufs, le riz. Check. Lessive, savons. Check. Le carton du matos scolaire du secours catholique.… lire la suite


Welcome

Welcome, marhaba, ahlam wa sahlam, kosh amadi, wilkommen, bienvenidos, dobro pajalovatb,… un mot dans mille langues possibles.

Je me demande toujours ce que me dit une personne lorsqu’elle me dit bienvenue , que ce soit dans sa langue ou en français ou en français avec sa langue pour donner la couleur à ce mot qu’il a appris. Qu’est-ce qu’il accueille : mon corps, mon âme, mes pensées, ce je ne sais quoi que j’apporte avec moi ce jour là précisément, ou mon tout moi pour l’éternité. Veut-on de moi pour 1h, 1 journée, le mois qui vient ? Quelle place exactement m’est offerte par sa vie dans la vie de celui sui le dit, à la racine de la langue qui l’a fait naître ?… lire la suite


Un sac de 60 litres

Description plate

Un sac poubelle de 60 litres, gris fonçé, H1m/ L40cm/P30cm.

Plein à craquer, légèrement éventré, d’où sort une tige de fer, dégoulinant…

A 5 m, il sent. A 1 m, il pue.

Posé près d’un endroit où quelqu’un dort.

Elisabeth

Le récit

D’où je suis, je regarde l’homme qui dort là, à quelques mètres de moi. J’ai entendu hier soir qu’il s’appelle Reza. Cette nui, j’ai lu l’histoire d’un Reza dans un livre jeté en mon intérieur. C’est ainsi que je sais qu’il est iranien. Ses joues sont bleues d’une barbe de quelques jours. Il sourit doucement en dormant et j’essaie de lui fabriquer une berceuse en faisant jouer le vent dans mes plis.… lire la suite


réinventer Calais: Puanteur-langue 1

De petits bruits de toux, des raclements de gorge, sonnerie de GSM, un pleur d’enfant, un gémissement, des chuchotements, quelques engueulades, un rire… Chaque aurore, le peuple de la jungle se réveille aux bruits qui s’élèvent. les automates s’articulent lentement. Mouvements ralentis, mécanique rouillée. Des odeurs fétides d’urines et de sueur s’éveillent aussi. Tout est imprégné dans une sorte de smog matinal qui traverse le clan des fantômes en errance. Visages creusés, regards atterrés, pris de fatigue et de résignation.

Entre

Entre, il y a le bruit de la mer, une odeur fragile de café et de pain. Un sourire partagé, une cigarette, un savon.… lire la suite


Puanteur + la nuit

La nuit, quand les yeux ne servent plus à rien et que l’obscurité oblige les autres sens à prendre le relais, les odeurs amplifient. Il n’y a pas d’échappatoire. L’air qu’on respire, qu’on est obligé d’inspirer, puisqu’on a choisit de s’accrocher à la vie, désespérément, l’air pue l’urine, l’humidité, la sueur, la crasse, la cigarette froide, le vomi, la peur, le sandwich au fromage, la vinasse, la bière, le foutre, la merde, les emmerdes, l’essence, le bois mouillé, les pieds, le pourri, le désespoir.

C’est une agression des narines au rythme de la respiration. Même en se bouchant le nez, on inspire tout de même la puanteur jusque dans nos poumons, les odeurs passent par le sang, finalement c’est notre peau elle-même qui pue.… lire la suite


Chien

C’est une belle bête. Bien brossée. Poil luisant. Musclée. Dressée à… à quoi? A l’attaque? Sur qui? Ceux qui puent la crasse, la pisse, l’essence, la tente, l’humidité? Comment s’y est-on pris pour que ce chien qui fût un chiot mignon, tendre et jouette devienne, sur un ordre bref, une machine, une bête terrifiante, aussi loin du gentil chien-chien à sa maitresse que ces hommes aux yeux ternes accrochés aux grillages de leurs mains sales sont loin des instits, des libraires, des pilotes de ligne, des antiquaires qui habitent la ville un peu plus loin?

Mais c’est une belle bête. Le soir, elle suit son maître à la maison, la muselière est rangée, et pendant un moment, ils jouent à deux: va chercher!… lire la suite