de l’intérêt de la gamberge? 1


de la blessure de l’éléphant
qui se dandine sur la berge
ses lourdes pattes se soulevant
l’une après l’autre: a-han a-han.
Vient à passer une gamine
un peu fluette, un peu fragile
pieds nus dans la poussière humide.
La fille s’arrête à quelques pas
de l’éléphant qui maintenant
cesse le mouvement de ses grosses pattes
et tourne la tête lentement.
Sa trompe caresse la chevelure
hirsute, trop longue sur le devant
de la gamine qui lève la main
pour effleurer la trompe rugueuse
et douce dans un même temps
c’est surprenant.

Une onde passe entre les deux
comme une émotion partagée,
singularité reconnue
de la fille et de l’éléphant.

Un peu plus tard — un an? un siècle?
l’éléphant se remet en marche
secoue les oreilles cligne des yeux
se sent légère, se sent bien mieux.
La petite, elle, se sent si pleine,
là où avant l’angoisse naissait
la terrible morsure du doute
les peurs, les remises en question,
voilà qu’une joie presque brutale
prend toute la place et la remplit.

Plus loin sur la berge, l’éléphant
barrit un cri long et puissant —
c’est le son d’un remerciement
profond, de son âme d’éléphant,
un cri qui fait trembler l’enfant.

Les larmes aux yeux, la gorge serrée,
elle comprend en un court instant
qu’elle portera au fond du coeur
d’ici jusqu’à la fin des temps
la douce blessure de l’éléphant.

Charlie
19/08/17