Jour 5 : Retour sur soi avec pour viatique une phrase de Laurence Vielle


Notes jaunes, rouges, roses, bleues, violettes. Les oiseaux chantent, se répondent. Les notes rebondissent en moi.

Une feuille morte posée comme un papillon dans un buisson. Un bouquet de marguerite poussant dans des pierrailles. Vie, je t’aime, un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout.

Je suis tour à tour cerf-volant, pendule, coquelicot, café serré, boîte à secrets.

Temps de chien sur mon existence. Le vent chasse les meringues du ciel et je retrouve le soleil avant que la neige recouvre le sol. Déjà, je fais mes valises. Elles elles sont chargées d’insomnies, d’illusions, de doutes, de gris-gris, de chagrins, de colères, de malentendus, d’amour, de regrets, de projets avortés, de ressassements.

Comment s’avouer qu’une pierre et ses irrégularités, qu’un bout de bois et ses nœuds peuvent émouvoir aux larmes.

Notes jaunes, rouges, roses, bleues, violettes. Bourdonnements d’abeilles, sifflements de merles. La musique ricoche en moi. Un insecte danse, une fourmi va et vient. L’instant suivant, ils sont partis sans laisser d’adresse.

Vie, je t’aime, un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout. C’est selon l’écoulement du fleuve, la voix qui m’appelle, l’habileté des nuages qui se défont. J’ai tant rêvé du flamboiement que la grisaille m’enchante.

La fragilité de l’instant est tout ce que je parviens à saisir.

(auteur Micheline)