Lettre à Henri Michaux 1


Cher Henri,

 

En lisant tes conseils, on pourrait penser que tu fus sous l’emprise de quelques champignons aux pieds violacés, mais peut-être est-ce ainsi que tu gardes une fumée ? Du coup on cherche une lumière.
Qu’est-ce que cette invention de noms de lieux, de peuplades tantôt braves, tantôt couardes, parfois en voie d’extinction, nous révèle de ce que nous sommes aujourd’hui, là, maintenant ?

Le poème de la création nous dit ce que l’homme des temps anciens avait compris du fonctionnement de la terre. Il y mêlait la profusion des poissons de ses rivières connues, la diversité des oiseaux de son ciel. Il y trouvait ainsi, en organisant un ordre de création, peut-être un sens, une modalité pour ranger la suite, ce qu’il ne savait pas encore.

Dans nos textes scientifico-comiques on lit des clins d’yeux à notre présent. Ils nous ont fait signe et nous les avons suivis en conscience. On en revient peut-être à cette jouissance de ceux qui un jour ont décidé que le soleil se dirait soleil.

Nommer, c’est un pouvoir. Cela dépend de qui nomme, et de qui reconnaît ce qui est ainsi nommé. Quand on n’a pas les mots de la langue locale, il faut inventer un autre code pour créer du commun. Le fait-on ? Parfois nous inventons quelque chose où se retrouver à plusieurs, où se reconnaître, un peu se comprendre, se fabriquer un minimum à partager.

Tu vois Henri, sans vouloir échouer n’importe comment dans cette tentative de renommer un monde virtuel, nous touchons peut-être un moyen de rendre visible quelque chose du nôtre, réel.

On a inventé des papillanges, des ourgasmes, des rocambules, le Touland et Trégudainge, des lieux, des fleuves… ils existent maintenant, au moins à La Marlagne, aux Rpé 2017. En y regardant de plus près, ils ne sont pas bien loin de ce que nous sommes, d’où nous vivons. On s’est juste un peu décalé. On a créé un monde miroir, mais un monde quand même. Cela nous a fait sourire, rire parfois, quelque chose à la croisée de nos imaginaires, nos expériences et nos savoirs.

Et rien que pour cela nous te disons un grand merci, cher Henri.

Pascale