Premier jour d’atelier d’écriture et voici déjà qu’on nous parle d’ordinateur et d’informatique. Et non... ce n’était pas pour rire !! Je me retrouve tout à coup bien seule et impuissante face face à ce monstre. Pas un mot ne me vient ; c’est le blocage et l’angoisse, non pas celle de la page blanche, mais celle de l’écran blanc...et celle-là est bien plus terrible, croyez-moi, car lorsque trop de temps s’écoule, l’écran blanc devient gris, histoire de vous rappeler combien vous êtes vraiment nul ! Et puis, soudain, une phrase me vient à l’esprit : " Ce n’est pas la production qui compte, mais le travail mental qui est derrière". Me voici sauvée ! Alors ... pourquoi l’ordinateur ne peut-il pas être un outil dans l’écriture pour moi ?
Lorsque j’écris, j’ai besoin de sentir les mots, de les caresser, de les noircir, de les voir transpirer, de les retourner, de les grifonner et parfois aussi, de leur faire subir toute l’expression de mon amertume et de ma colère. Pour écrire, j’ai besoin de temps et d’espace. J’ai besoin de recueillir les mots vagabonds, d’attrapper des papillions. J’ai besoin de les emporter en poche, de les faire voyager. J’éprouve un bonheur extrême à retenir ces mots qui m’ont frappé l’esprit, de les écrire pour me libérer, de chiffoner un extrait écrit rapidement au coin d’un bar sur un papier, de le reprendre plus tard, de relire ces mots qui attendent en file indienne un sens à leur existence, redoutant d’être brûlés sur l’hôtel de l’ignorance. Est-il bien sage alors de me faire écrire sur un ordinateur ??? Blague à part, ma difficulté amène une vraie question : celle de la création. Qu’est-ce qui fait que l’on crée ? Qu’est-ce qui fait que l’on se met à l’ouvrage ? Quel démarrage un ordinateur froid d’ordinaire, de convention et de matière peut-il apporter ? Ne limite-t-il pas ma pensée en l’empêchant de s’évader ? N’est-il pas plutôt un simple outil de communication ? Très honnêtement, la question reste ouverte ... Je viens d’écrire ce texte entièrement sur l’ordinateur...j’ai l’impression qu’il ne m’a jamais appartenu : ce texte n’a ni brouillon, ni rature, ni esquisse... Peut-on devenir homme ou femme sans avoir été enfant ?