L’homme en costume- cravate se pressait. Il courait d’une pièce à l’autre afin d’être sûr d’être parfait pour ce soir. Les autres vieux du village faisaient de même. Certains étaient déjà prêts et s’admiraient dans le miroir. D’autres en étaient encore à préparer blaireau et rasoir. Leurs épouses cherchaient leurs talons- aiguilles. Une fois ceux- ci retrouvés, elles s’affairaient à les cirer, les soigner et les disposer près de l’entrée. Toutes ces dames avaient depuis longtemps réfléchi à la coiffure qui serait la plus remarquée et s’étaient réfugiées dans leur chambre à coucher afin de la réaliser. Les souliers préparés et les cheveux ordonnés, elles habillaient les enfants.
C’était le bal du 15 août qui s’annonçait : depuis le matin, on pouvait voir les tables se dresser, décorées de bougies et de fleurs. Les musiciens étaient tous vêtus de noir et de blanc. Leurs instruments, qu’ils soient grands ou petits, brillaient de mille feux. La piste de danse se trouvait au centre de la salle, le parquet ciré prêt à être piétiné. Les vieux et les vieilles allaient arriver, impeccablement coiffés et vêtus. Leurs enfants seraient là aussi, flanqués des petits, neveux et nièces, aux yeux émerveillés.
Les jours précédant le bal avaient semblé les plus longs de l’année. Les heures passaient, mais se ressemblaient trop. Chaque année, le bal de la sainte Marie était le plus beau du village. La musique était toujours parfaitement choisie. La salle était décorée avec le plus grand soin. Et, chose importante pour les vieux du patelin, le vin était un pur délice !